Selon une enquête de Mediapart, d'anciens assistants parlementaires du député RN José Beaurain l'accusent d'avoir mis en place un système de rétrocession en espèces d'une partie de leurs primes, d'embauche fictive au profit de son frère, et de harcèlement moral et sexuel.
Les faits
Plusieurs anciens collaborateurs de José Beaurain, député RN de la 4e circonscription de l’Aisne et non-voyant, l’accusent d’avoir mis en place un système d’enrichissement personnel sur les fonds destinés à rémunérer son équipe parlementaire.
En tant que député malvoyant, Beaurain bénéficie d’une enveloppe supplémentaire d’environ 5 000 euros par mois pour recruter des assistants. Entre 2022 et 2026, il a employé 18 collaborateurs parlementaires successifs — un taux de rotation particulièrement élevé.
Le système de rétrocession de primes
Plusieurs anciens assistants affirment que Beaurain leur versait des primes via l’enveloppe de l’Assemblée nationale, avant de leur demander de lui en restituer la moitié en espèces. Ils disent avoir conservé des justificatifs : fiches de salaire, relevés bancaires et tickets de retrait au distributeur automatique.
L’un d’eux, Kylian Couteaux, raconte également avoir vu un ami commun embauché par le député en août 2025 « en échange de bons procédés » pour distribuer des tracts, cet ami étant selon lui « payé le double via l’Assemblée nationale » à charge de reverser la moitié de ce salaire au frère du député. Un autre témoignage évoque l’utilisation du salaire d’assistants pour acheter des meubles destinés à ce même frère, ainsi qu’une proposition faite à un collaborateur autour d’« un coup immobilier sur la vente de bâtiments publics ».
Harcèlement et conditions de travail
Une ancienne collaboratrice a saisi la cellule anti-harcèlement de l’Assemblée nationale pour des faits de harcèlement moral et sexuel. Elle rapporte que le député lui aurait demandé « si [elle] aimai[t] les parties fines et les fantasmes ».
Kylian Couteaux décrit de son côté avoir été mis « à l’isolement, les portes de [son] bureau étaient fermées », et évoque des week-ends travaillés « du vendredi au dimanche » à raison de 45 heures, non rémunérées comme telles. Plusieurs collaborateurs disent aussi avoir été chargés de tâches sans rapport avec leurs fonctions, comme récupérer les enfants du député à l’école ou rédiger le CV de sa compagne.